Hell on Wheels, saison 1 – série AMC

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“-I dont’ know if men like us ever find peace, in this world or the next.”

La capitulation des états confédérés en 1865, au sortir de la guerre de Sécession, avait restauré l’Union de la nation américaine. Après la reconquête du sud et l’imposition d’un gouvernement centralisé depuis Washington et le Capitole, c’était vers l’ouest que tous les espoirs et que toutes les attentes reposaient. À la suite des premiers charriots de colons engagés dans les territoires sauvages au-delà des fleuves Mississippi et Missouri, et pour relier la riche côte de Californie aux États-Unis, il allait falloir engager un gigantesque chantier, celui de la première ligne de chemin de fer transcontinentale. Déjà ordonné par Lincoln, mais gardé en sommeil tout le temps de la guerre civile, qui aura d’ailleurs vu l’utilisation du rail comme un moyen de transport logistique idéal ayant grandement aidé les nordistes à dominer le conflit, le projet allait pouvoir maintenant réellement démarrer: les premières lignes étaient déjà posées au départ de Sacramento, et se déploieraient bientôt à travers la Sierra Nevada. À plus de 3’000 kilomètres à l’est, c’est depuis Omaha que le chantier débuterait, avec le projet de traverser la grande plaine du territoire du Nebraska et de rejoindre, puis de traverser, l’infranchissable muraille des Rocky Mountains; les deux lignes se retrouveraient bien quelque part, en un point encore indéfini par la cartographie sommaire des arpenteurs de chaque compagnie. Financées par l’État ainsi que par plusieurs investisseurs qui leur imposent un rythme soutenu, les deux entreprises se livrent à une véritable course contre la montre; c’est à celle qui fera progresser le plus rapidement sa ligne que reviendra la plus grosse part des bénéfices. Pour Thomas Durant, financier véreux qui dirige l’Union Pacific Railroad, la compagnie partie de l’est, tous les coups sont permis, depuis les magouilles avec ses amis politiciens jusqu’au traitement semi-esclavagiste envers ses travailleurs engagés comme forçats. Le long de la voie perdue dans la prairie du Nebraska, progressant avec elle, c’est toute une faune bigarrée d’immigrés fraichement débarqués, d’esclaves maintenant libérés mais complètement démunis qui soutiennent l’effort, sous l’œil parfois vicieux de quelques militaires et contremaitres engagés pour la sécurité et le service d’ordre. Autour des wagons arrêtés, dans la boue de la plaine, c’est leur cité mobile de Hell on Wheels qui se déploie, village éphémère de bâches et de carrioles, où l’on y trouve, sinon le repos, de quoi perdre sa paie rapidement, dans les saloons et les bordels improvisés.

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La tent-city de Hell on Wheels / Tent-city à Benton, Wyoming, 1868

Voici donc pour la toile de fond de Hell on Wheels. Au premier plan, et comme personnage principal, l’anti-héros Cullen Bohannon, vétéran confédéré de la guerre de Sécession, dont la femme et le fils ont été massacrés par des soldats yankees. Avide de vengeance, il pourchasse les militaires qu’il croit savoir en être responsables, et pense les avoir retrouvés sur le chantier de l’Union Pacific. Arrivé au bout de la voie, il parvient à se faire engager comme contremaitre. Reste pour lui à identifier les criminels, et à leur faire payer pour les meurtres. Cette intrigue assez simple, basée sur un point de tension dramatique vu et revu, perd rapidement de son intérêt et n’est finalement pas très exploitée. Bohannon est surtout un caractère intéressant car il loin d’être droit: ancien propriétaire d’esclaves, ces mêmes hommes dont il est maintenant le chef et qu’ils appellent Master avec un mélange d’ironie et de haine; accro à la bouteille, sale, un peu pourri mais pas trop, il est attachant par l’ambivalence qu’il dégage et le caractère un peu vain de sa mission, parfois à prendre presque au second degré. C’est en tout cas lui qui permet pour beaucoup à l’action de prendre de l’essor. Les autres personnages impliqués ne sont pas en reste; sortent du lot Elam Ferguson, métis qui formera un duo complémentaire avec Bohannon; Joseph Black-Moon, Cheyenne baptisé ayant quitté sa tribu et vivant sur le chantier, dans une tente-église tenue par un pasteur devenu fou; “The Swede”, homme de main de Durant, froid et calculateur; Lilly Bell, aristocrate anglaise perdue dans le far-west; et puis Thomas Durant, mégalomane exalté à la parole douteuse, grand seigneur de cet enfer sur terre. Raise Hell, car c’est bien de cela qu’il s’agit, formidable spectacle d’une comédie humaine traçant le sillon d’un nouveau cercle; damnation pour tous, et l’impossible rédemption, sous le regard impassible de l’histoire.

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Excellente première saison, qui reprend tous les codes classiques, ainsi que quelques clichés bienvenus du western, pour notre plus grand plaisir. Bien plus simple, radicale dans son essence la plus brute, facile parfois, différente en sens de la série HBO Deadwood au point qu’elle ne fédérera peut-être pas le même public, Hell on wheels se laisse pourtant regarder comme un très bon divertissement, rôdé parfois à gros coups d’éperons et d’invraisemblances scénaristiques qui ne rendent le show que plus spectaculaire encore. L’un des grands points forts de cette série, c’est le soin apporté à l’image et au décor. Les ouvertures de chaque épisode, en quelques secondes, nous plongent directement dans l’ambiance, avec des plans magnifiques à la composition irréprochable. Rien de mieux que cette splendide poudre d’or aux yeux pour participer à illustrer notre imaginaire. Il faut aussi rendre hommage à tout le travail de documentation de la production; à partir de quelques rares images d’époque et du récit presque mythique que nous connaissons de l’épopée du chemin de fer aux États-Unis, les créateurs sont parvenus à nous en présenter une image solide, que nous pouvons ressentir comme fidèle à une certaine réalité, proche d’un docu-fiction quand les trames dramatiques permettent de prendre du recul. C’est beau, c’est très beau même, et c’est puissant; c’est fort, ça défoule parfois. À voir, et à poursuivre avec les saisons suivantes.

“Hell on Wheels, saison 1” (2011)

10 x 40 min. / AMC Networks

En DVD

 

Death to everyone, Bonnie Prince Billy (1999) – puissante bande-son.

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Hatfields and McCoys – minisérie History

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This is about honor, about lying, stealing and murdering.

L’histoire commence en 1863, au cœur des tranchées d’une obscure bataille de la guerre de Sécession, cette première guerre dite “moderne”, et qui servira de modèle pour les suivantes: usage des nouvelles technologies industrielles (mitrailleuses, cuirassés et sous-marins, transports des troupes et du matériel par chemin de fer), et mobilisation d’envergure nationale autour d’un conflit total. Sur le terrain, les cartes d’état-major se découpent en petites parcelles, celles à tenir et celles à conquérir; on avance tant que l’on peut dans cette brume boueuse de poudre à canon, jusqu’à déloger l’adversaire et le faire reculer, jusqu’à prendre un petit morceau de colline et s’y terrer, en attendant la contre-attaque: c’est une véritable guerre d’usure, pour les soldats coincés dans cet enfer, comme pour leurs dirigeants qui s’évertuent à repousser quelques frontières mouvantes tracées puis effacées à coups de crayons tendres. “Devil” Anse Hatfield et Randall McCoy, voisins et amis, ont rejoint les rangs confédérés et luttent ensemble contre l’envahisseur du Nord. Lors d’une ultime bataille, alors qu’il  parvient par un acte héroïque à sauver sa compagnie, Hatfield décide de déserter une guerre qu’il juge perdue d’avance, et s’en retourne auprès de sa famille. McCoy, témoin de la fuite de son ami, sera bientôt fait prisonnier et croupira quelques temps dans un fort militaire, avant de pouvoir rentrer chez lui, complètement démoli. La guerre est maintenant terminée, les états de l’Union sont à nouveau unis. Mais dans cette petite région des Appalaches où les héros se retrouvent, étroite vallée boisée de la Tug Fork River qui trace les contours de la Virginie-Occidentale à l’est et du Kentucky à l’ouest, la tension monte entre les deux familles. La rancœur de Randall McCoy envers celui qui l’a abandonné laisse bientôt place à la haine, le jour où l’oncle de Anse Hatfield abat le frère de McCoy, au prétexte que ce dernier portait l’uniforme des nordistes pendant la guerre civile. Les membres de chaque clan se réunissent sous l’égide de leur patriarche, et ce qui avait débuté comme une querelle entre deux hommes se transforme peu à peu en véritable conflit, qui embrasera le pays pendant presque 30 ans.

 

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Meurtres et pendaisons sommairement exécutés, raids vengeurs,  avocats véreux et chasseurs de primes engagés pour faire le sale boulot, tous les moyens sont bons pour mettre à terre son adversaire. Et finalement ce sont seulement ces moyens, et leurs résultats désastreux, qui alimentent et amplifient le drame d’une simple dispute. De “Devil” Anse Hatfield ou de Randall McCoy, aucun n’est meilleur homme que l’autre, il ne servira à rien pour le spectateur de choisir un parti. La trame scénaristique va d’ailleurs en ce sens de l’égalité des forces et des faiblesses, en proposant une vision égale des deux camps, et rapprochant les différences pour qu’elles aient le même poids, la même portée. Les Hatfield occupent un territoire situé dans les collines de Virginie-Occidentale, et revendent le produit du déboisage de leurs forêts. “Devil” Anse est père d’une famille nombreuse, et les plus grands de ses garçons travaillent déjà pour lui. Il est aussi entouré de ses frères et d’un oncle, qui tous lui reconnaissent la légitimité d’occuper la place de patriarche. De l’autre côté de la rivière qui se trouve au fond de la vallée, nous pénétrons dans le Kentucky, et sur les terres de Randall McCoy. Celui-ci est agriculteur, possède quelques arpents qu’il travaille durement. Il a beaucoup d’enfants lui aussi, plusieurs garçons et filles adultes, ainsi que quelques nièces et cousins qui vivent dans la région. Il est lui aussi le chef incontesté de son clan. Alors que McCoy se rattache à un dieu qu’il invoque constamment pour se venger, Hatfield lui semble se rattacher plus stoïquement à la simple fatalité de la vie. D’une fois que l’on a découvert que les deux faces de la pièce sont les mêmes malgré des peintures différentes, on ne pourra que suivre le récit et la montée en puissance de la violence qu’il contient. Seul un élément vient contrebalancer cette construction: l’histoire d’amour entre Johnse Hatfield et Roseanna McCoy, qui amène, dans toute sa naïveté propre à deux jeunes Roméo et Juliette mâtinés Western, une touche différente de sensibilité, avant que tout ne sombre dans le drame qui occupe la scène entière. On ne cherchera plus à comprendre la genèse de la querelle, qui est pourtant très importante car elle repose énormément sur les séquelles que la guerre de Sécession a laissée sur les communautés du Sud, soit l’impact de la défaite. On avancera dans la série en attendant d’en connaitre le dénouement, tout en sachant qu’il n’y a aucun espoir pour que cela se termine bien; trop de sang versé,  trop de haine dans la destinée de ces deux familles, et personne ne peut plus revenir en arrière.

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(Les Hatfield de la série History / Les véritables Hatfield, années 1890)

En regard d’un scénario qui se révèle parfois fragile, car trop enclin à nous montrer son ambivalence intrinsèque et finalement peu complexe, c’est surtout dans le soin amené aux décors, aux costumes, à l’ambiance générale, que la série prend pleinement son essor, et exauce toutes ses promesses. S’il a fallut se rendre jusqu’en Transylvanie pour reconstituer cette partie des Appalaches, question budget j’imagine, on s’y croirait vraiment, les paysages sont de toute beauté, et les saisons défilent à la manières de superbes peintures. Chaque plan est comme une photographie d’époque explosée de couleurs et de teintes. Il en va de même pour les personnages, aux vêtements refaits d’après les photos d’époque. Les tissus lourds et les velours grossièrement côtelés, la démarche pesante qui les accompagne, les vestes en peau brute et les vieux chapeaux défoncés. Les bottes sales, les ongles noirs, barbes jaunes de glaviots et fusils rutilants; tout y est absolument, vous regardez ça et vous y êtes. La qualité du casting est aussi à saluer: Kevin Costner, connu pour ne jamais en faire trop avec les expressions, y trouve un personnage en or avec cette composition de patriarche bourru; Paxton est magnifique jusque dans l’expression de la vieillesse courbaturée; et puis chaque second rôle sonne parfaitement juste, le dosage est parfait, c’est comme si les vieux clichés parlaient et se mouvaient devant nous. Ces vieux clichés, ce sont justement ce que nous retrouvons par après sur le net, de ceux qui nous disent que Hatfields & McCoys est tiré d’une histoire vraie; que ces types, au-delà d’une histoire fictionnelle et simplifiée pour en faire 3 épisodes de 90 minutes, ont vraiment existé, et se sont vraiment battus sur leurs maigres terres. L’histoire semble être connue aux États-Unis, et faire partie du folklore; on peut trouver des restaurants, des parcs d’attractions qui portent leurs noms, on les a même vus dans des cartoons, symboles de ces premiers Hillbillies, paysans des montagnes regroupés en fratries qui passent leur temps à se battre avec leurs voisins. En tout cas pour ma part j’ai fait une très belle découverte avec cette série. Et ce qui m’a plu particulièrement, c’est ce petit fantasme que j’ai et qui s’est réalisé ici, c’est que j’ai pu voir des vieilles photographies s’animer, que j’ai pu entrer dans le cadre et voir ce qui s’y trouvait derrière, ce qui s’y trouvait caché. Essayez avec cette série, vous ne regrettez certainement pas le voyage. C’est infiniment beau, et brut à la fois, une vraie petite splendeur comme on les aime.

“Hatfields & McCoys” (2012)

minisérie 3 x 90 min. / History Channel

En DVD

Seraphim Falls, un film de David van Ancken

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Curieux objet que ce western de 2007, sorti directement en DVD par chez nous, et dont je n’avais jamais entendu parler. Ce fut vraiment un hasard qui m’a conduit devant cette pochette étonnante où l’on découvre un Pierce Brosnan en presque homme des bois; moi qui suis de cette génération où il incarne le parfait James Bond, je n’ai pu qu’être intrigué.

Le film démarre sur une scène où un homme seul (Brosnan) allume un feu de camp dans une forêt enneigée; soudain un coup de colt retentit et le blesse à l’épaule, alors il s’enfuit abandonnant presque tout. Nous découvrons qu’il est poursuivi par une bande menée par un mystérieux Colonel Carver (Neeson), et qu’il doit être capturé vivant. Ainsi commence une longue traque, à travers un territoire immense et sublime. L’histoire nous emmène des Ruby Montains du Nevada aux forêts hivernales, à travers la prairie du Big Sky jusqu’au désert aride du Nouveau-Mexique, et nous fait rencontrer quelques communautés mythiques du Far West, telle cette secte peudo-mormone errant dans une gigantesque mer d’herbe à la recherche d’une contrée bénie, ou ce camp de mineurs tenu d’une main de fer par le propriétaire, et quelques desperados aussi.  Et si le Pierce uniquement armé d’un couteau se retrouve seul face à cinq hommes, il est loin de manquer de ressources; ainsi le groupe à ses trousses se réduit peu à peu en peau de chagrin, jusqu’à la lutte finale entre les deux personnages principaux.

Il faudra attendre le milieu du film pour découvrir la raison de cette chasse à l’homme et le contexte: la guerre de Sécession a pris fin il y a quelques années, les blessures sont loin d’être guéries, et si le Colonel Carver était dans un camp, le Capitaine Gideon (Brosnan donc) était forcément dans l’autre. Il s’agit pour cela d’un western de vengeance classique. Il y a ce petit accroc justement au milieu du film: alors que nous attendions dès le début la révélation de ce Seraphim Falls, elle intervient peut-être trop tôt en définitive, et ralentit un rythme  jusqu’alors trépident. Mais qu’importe, nous poursuivrons la traque, jusqu’à l’épuration totale de l’histoire dans un désert vide, prêts pour le duel, avec pour unique compagnie un personnage mystère surnaturel. Cette touche finale ne fera sans doute pas l’unanimité, mais le choix scénaristique garde de la pertinence je trouve.

Ce n’est pas le meilleur western que j’ai pu voir, si c’est un petit film c’est tout de même un excellent divertissement, il vaut vraiment la peine pour plusieurs points: l’écriture épurée de la première partie, qui dans le mystère de l’intrigue tend à éveiller la curiosité dès la première scène; les décors sauvages sont de toute beauté, les personnages sont souvent complètement perdus et minuscules dans un océan de nature, et les climats changeants sont très bien rendus. Pierce Brosnan est de toute grande classe, même simplement muni d’une lame qui lui sert dans plusieurs situations a-priori inextricables, et ce petit air True grit lui sied autant bien que le smoking. Les costumes sont superbes, ainsi que les voix rauques aux accents travaillés de chaque protagoniste. Et puis le casting est vraiment formidable. Au-delà des deux rôles principaux interprétés avec brio par les deux têtes d’affiche, c’est toute une palette de petits rôles tenus par des acteurs précieux que j’adore retrouver: Michael Wincott (le méchant de The Crow), Tom Noonan (le méchant de Robocop 2), Jimmi Simpson (le fou pervers de It’s always sunny in Philadelphia), Wes Studi (du Dernier des Mohicans), sans oublier cette grande dame qu’est Angelica Houston. Je ne connais aucun autre film de David van Ancken, il semble qu’il se soit plutôt consacré à la réalisation d’épisodes de séries télé (dont Hell on wheels). J’aimerais bien qu’il continue dans une veine western, il pourrait continuer d’amener une touche de fraicheur au genre, sinon un renouvellement. Seraphim Falls est déjà un bon film à se garder pour une soirée tranquille entre amis.

Seraphim Falls, réalisé par David van Acken (2007)

En DVD

Voir la bande-annonce, c’est ici