John Jacob Niles: Go ‘way from my window (1957)

La grâce. J’avais découvert cet artiste, et cette chanson, dans l’extraordinaire documentaire de Martin Scorsese consacré à Bob Dylan, No direction home (2005). Dans l’extrait du reportage, (en lien ici), on peut voir John Jacob Niles interpréter son bijou devant quelques amis, le dulcimer appalachien posé sur les genoux. Dylan profite de l’entretien pour lui rendre hommage; les disques de Niles font partie, selon la légende, de la multitudes d’albums que le jeune Bobby Zimmerman volait à ses amis, et se passait en boucle; se nourrissant en jeune chien fou errant de chansons, d’histoires, de légendes, jusqu’à devenir lui-même un incroyable créateur et un passeur, un Homère des Grandes Plaines, conteur du folklore populaire à travers la tradition musicale américaine.

John Jacob Niles (1892-1980) est de cette même trempe; un collecteur, puis un catalyseur de l’histoire de la musique. Né dans la campagne près de Louisville, Kentucky, près des Appalaches, il s’est très vite intéressé à la mountain music caractéristique de la région. Il commençait à devenir un grand artiste de ce style quand il fut mobilisé en Europe, lors de la Première Guerre mondiale. Sitôt libéré du terrible service sous les ordres, il décida de rester en France, et d’étudier la musique, à Lyon puis à Paris; il s’initia à la musique classique, à l’opéra. Il retourna s’établir aux États-Unis quelques années plus tard, en plein Dust Bowl et pour le reste de sa vie, enrichi d’un bagage exceptionnel et presque unique, qu’il s’employa à marier avec le folklore américain. Et l’un des plus beaux résultats de cette union si rare est cette sublime balade qu’est Go ‘way from my window, écrite d’abord en son adolescence et enregistrée ici en 1957, transformée, magnifiée, vêtue de la plus belle robe d’âme qui soit .

La grâce. Inspiration pour le courant de la nouvelle folk à venir avec Dylan donc, puis Joan Baez et d’autres; ce qui compte donc aussi c’est la richesse de cœur, c’est ce supplément d’âme. Et tant pis si les paroles ne sont peut-être pas si intéressantes, si elles semblent rabâcher; le texte est pour beaucoup posé ici comme un tremplin pour l’expression, pour l’envolée lyrique. Et puis tant mieux si les paroles sont ce qu’elles sont; c’est aussi une revendication de la simplicité du ressenti, de la libération de la plus pure et parfaite émotion. Et je vous le demande, qui d’entre nous y restera insensible?

PS: Je m’étais promis de ne pas évoquer Muse, ou Jeff Buckley, alors je ne dirais rien. Mais je suis toujours à la recherche de ce qui peut ressembler à des racines, des filiations, des héritages, ou voire même des pillages, dans la musique américaine, dans la musique occidentale en général, sans bien sûr tomber dans le piège d’une quelconque prétention “archéologique” de ma part. Si vous détenez quelques trésors secrets que vous seriez ouverts à me faire partager, je serais aux anges! Et je vous remercie d’avance. Mais trêve de galéjades; c’est la chanson qui importe ici, pas ces quelques balivernes!

“Go ‘way from my window
Go ‘way from my door
Go ‘way, way way from my bedside
And bother me no more
And bother me no more

I’ll give you back your letters
I’ll give you back your ring
But I’ll never forget my own true love
As long as songbirds sing
As long as songbirds sing

I go tell all my brothers
Tell all my sisters too
That the reason why my heart is broke
Is on account of you
Is on account of you

Go on your way, be happy
Go on your way and rest
But remember dear, that you are the one
I really gave the best
I really gave the best

Go ‘way from my window
Go ‘way from my door
Go ‘way, way way from my bedside
And bother me no more
And bother me no more
And bother me no more”

johnjacobniles

John Jacob Niles, fin des années 20 (photo Doris Ulmann)

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2 comments on “John Jacob Niles: Go ‘way from my window (1957)

  1. Hola amigo,

    je t’écris du sud de cette Amérique dont tu dessines si bien les formes par tes articles. Pour répondre à ton post-scriptum voici quelques musiques qui m’accompagnent lors de mes voyages et que je peux te partager. Je ne peux malheureusement pas t’en dire plus sur ces artistes, je m’étais intéressé à eux il y a déjà quelques années.

    Abner Jay : My Middle Name is the Blues – I’m So Depressed
    Bascom Lamar Lunsford : I Shall Not Be Moved
    Elizabeth Cotten : Shake Sugaree (c’est sont petit-fils qui chante)
    Roscoe Holcomb : I am a man of constant sorrow (qui a été reprise pour le film O’Brothers)
    Shirley Collins : The Cherry tree carol
    Shirley Collins & The Albion Band : Murder of Maria Marten
    Karen Dalton : Something On Your Mind
    Jackson C. Frank : Milk And Honey
    Clarence Ashley : Coo Coo Bird
    Roscoe Holcomb : Graveyard Blues
    Black Snake Moan : Blind Lemon Jefferson

    Tu devrais aussi regarder les vidéos du réalisateur new-yorkais David Hoffmann en voici une :

    Peut-être qu’elles pourront t’intéresser.

    • Cher Cire de Cèdre, un grand merci pour cette précieuse liste, et merci pour tes bons mots si encourageants! Je m’empresse donc de découvrir tes propositions partagées… Au plaisir amigo, et hasta luego! Merci!

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