Steve Earle: John Walker’s Blues (2002)

Une superbe balade du grand Steve Earle, parue sur l’album Jerusalem en 2002.

Moins d’un an après l’attaque terroriste du World Trade Center, et l’intervention états-unienne en Afghanistan, Earle revient, à chaud, sur le cas de John Walker Lindh. Né en 1981 à Washington D.C., Lindh a grandi dans une famille middle-class catholique conventionnelle. Enfance sans histoires, amis, études: “just an american boy, raised on MTV“. A 16 ans, ne se reconnaissant peut-être pas dans ce que sa culture lui propose, il se convertit à l’Islam; un an plus tard, il part au Yémen afin d’étudier le Coran dans la langue la plus proche du texte. Il reviendra aux États-Unis, transformé, puis repartira pour le Pakistan, puis l’Afghanistan. Il ne donnera plus de nouvelles à sa famille. En 2001, les tours s’effondrent, et nous sommes tous spectateurs de l’horreur de cet événement dramatique. Des troupes américaines sont rapidement déployées en Afghanistan. Le 25 novembre 2001, un contingent capture quelques talibans dans la province de Takhar. Parmi eux, un jeune américain de 20 ans, John Walker Lindh. Rapatrié aux États-Unis, il sera jugé pour 10 chefs d’accusation (conspiration, aide à des organisations terroristes entre autres), et condamné à un équivalent de 3 vies d’emprisonnement. Il est actuellement incarcéré au pénitencier de Victorville, en Californie.

La découverte de cet “American Taliban”, élevé dans la pure culture occidentale, a grandement choqué l’Amérique. Dans ce climat de peur, d’angoisse, dont nous vivons la continuité, je trouve simplement extraordinaire qu’un artiste comme Steve Earle ait eu le courage d’empoigner un sujet brûlant pour proposer, à travers une réflexion presque intime, une autre vision de ce que l’on juge. Bien sûr, je ne suis pas là pour justifier, ou pour donner mon avis; je suis plutôt là pour la musique. Une folk song qui puisse s’emparer de l’actualité, cela semble rare tant le cliché que l’on se fait de ce “genre” musical parait prisonnier de son passé. Et c’est une folk song d’une si grande beauté, interprétée avec tant d’intensité; la voix chevrote, s’élève, et puissamment s’envole en une prière au vent; les guitares s’électrifient avant d’exploser l’air ambiant en harmonie avec le chanteur; puis cette langue étrange récitant l’inconnu qui termine et conjure le silence. J’en frissonne à chaque écoute.

“I’m just an American boy raised on MTV
And I’ve seen all those kids in the soda pop ads
But none of ’em looked like me
So I started lookin’ around for a light out of the dim
And the first thing I heard that made sense was the word
Of Mohammed, peace be upon him

A shadu la ilaha illa Allah
There is no God but God

If my daddy could see me now chains around my feet
He don’t understand that sometimes
A man has got to fight for what he believes
And I believe God is great, all praise due to him
And if I should die, I’ll rise up to the sky
Just like Jesus, peace be upon him

A shadu la ilaha illa Allah
There is no God but God

We came to fight the jihad and our hearts were pure and strong
As death filled the air, we all offered up prayers
And prepared for our martyrdom
But Allah had some other plan, some secret not revealed
Now they’re draggin’ me back with my head in a sack
To the land of the infidel

A shadu la ilaha illa Allah
A shadu la ilaha illa Allah”

steveearle

Steve Earle, années 2000

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