Bob Dylan: Blind Willie McTell (1983)

Une de mes chansons préférées de Dylan, qui devait figurer sur l’album Infidels de 1983, mais en fut rejetée au motif qu’elle n’était pas “terminée”. On a pu la découvrir en 1991, à la sortie d’un de ces volumes finalement officiels de bootlegs, de chutes de studio ou d’enregistrements pirates repris au catalogue de l’artiste.

Quel superbe jeu de piano, reprenant librement le motif du St-James Infirmary blues. En mode mineur, élégiaque, la musique s’offre parfaitement à l’évocation d’images propres au style d’écriture de Dylan, écriture qui démarre sur une scène observée, et tend à élargir le champ, jusqu’à quelque chose qui dépasse ce cadre. Nouvelle image, à priori sans rapport, qui elle même s’envole et nous échappe, se construit quelque part et rejoint la première. Ainsi de suite, et au fur et à mesure de la chanson, qui peut durer longtemps et qui semblerait infinie, quelque chose d’immense s’est bâti, presque à notre insu tant nous en vivons le présent, et ce n’est que quand le morceau prend fin que nous réalisons le chemin parcouru en sa compagnie. C’est un peu comme ça que je crois appréhender les chansons de Dylan, et son œuvre à travers les décennies. Il y a l’inspiration d’un Rimbaud illuminé; il y a le Beat aussi avec l’idée de cut-up par exemple. Certes, le poète est sans cesse sur les routes. Mais sur la notion d’images saisies, de regard, je renvoie à l’évocation souvent répétée dans ses textes d’un narrateur observant depuis une fenêtre. “Between the windows of the sea”… Fenêtre donnant sur Desolation Row, fenêtre de la chambre du Chelsea Hotel ou autres; l’accroche revient souvent. Ici quelqu’un nous parle alors qu’il observe depuis le carreau de sa chambre du St-James Hotel, situé en une “terre condamnée de la Nouvelle-Orléans jusqu’à Jérusalem”.

Évocation de la terrible histoire de l’esclavage et de la ségrégation, la chanson est aussi un hommage à Blind Willie McTell (1898-1959), pionnier d’un blues de la Géorgie appalachienne mâtinée du son du delta. J’avoue que j’ai découvert ce musicien grâce à Dylan. Et si l’époque n’est bien sûr plus à polémiquer sur les choix artistiques de ce dernier, si le fait de s’être vendu à l’électricité en 1965, d’être passé à l’anti-mode country plus tard, ou d’autres haut-faits bruyants d’alors nous paraissent lointains, voire même des indignations presque absurdes tant ce parcours sans équivalent respire sa propre et indéfectible logique, je retiens aussi de Dylan qu’il est un formidable passeur, autant une mémoire vivante de la musique populaire américaine, un ménestrel,  qu’un créateur unique. Mais fi de mes quelques sottises totalement dispensables! La chanson seule compte. Lancez-là donc un de ces magnifiques soirs de canicule, peut-être trouvez-vous le bon moment où, juste avant qu’elle ne se termine, voilà qu’un gigantesque orage d’été éclate et recouvre la chanson, la noie d’abord, s’en empare et l’emporte dans le vent.

“Seen the arrow on the doorpost
Saying, “This land is condemned
All the way from New Orleans
To Jerusalem”
I traveled through East Texas
Where many martyrs fell
And I know no one can sing the blues
Like Blind Willie McTell

Well, I heard that hoot owl singing
As they were taking down the tents
The stars above the barren trees
Were his only audience
Them charcoal gypsy maidens
Can strut their feathers well
But nobody can sing the blues
Like Blind Willie McTell

See them big plantations burning
Hear the cracking of the whips
Smell that sweet magnolia blooming
See the ghosts of slavery ships
I can hear them tribes a-moaning
Hear that undertaker’s bell
Nobody can sing the blues
Like Blind Willie McTell

There’s a woman by the river
With some fine young handsome man
He’s dressed up like a squire
Bootlegged whiskey in his hand
There’s a chain gang on the highway
I can hear them rebels yell
And I know no one can sing the blues
Like Blind Willie McTell

Well, God is in His heaven
And we all want what’s His
But power and greed and corruptible seed
Seem to be all that there is
I’m gazing out the window
Of the St. James Hotel
And I know no one can sing the blues
Like Blind Willie McTell”

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