Townes van Zandt: Waitin’ Around To Die (live 1976)

Abandonnez tout espoir, vous qui pénétrez ici.
Cette chanson est sortie sur le premier album de Townes van Zandt en 1967, et fut écrite alors qu’il était âgé de 21 ans (“First song I ever wrote”). Sans l’orchestration western de sa version studio, elle se propose ici à nous quelques années plus tard dans le plus pur dénuement , et c’est un joyau extraordinairement noir. La guitare solitaire égrène les accords mineurs d’une ballade déchirante, tandis que la voix brisée puis reconstruite se lance dans ce qui pourrait ressembler à une confession, mais qui n’en est pas une; c’est le témoignage d’une vie gâchée, une vie de violence et d’errance. Abandonné, mais jamais on ne demandera l’absolution; et quel réconfort trouver face à la désolation? Qu’attend-t-on de demain quand à cet âge s’impose déjà le récit d’une si terrible histoire? Le titre même de la chanson, dans son implacable répétition, répond parfaitement à la question. De cet été de l’amour, on en connaissait déjà la face sombre avec les bad trips du Velvet ou de certains Doors; voici que s’avance un homme, contre vents et marées, Stetson et chemise blue jean, bouteille de Jack Daniels dans un coin. Découvrant la biographie de van Zandt, je ne peux que reporter les paroles de la chanson sur  son parcours chaotique; du style troublant de l’artiste à l’impitoyable récit, jaillit alors comme une source dans le désert l’émotion, une émotion authentique.

Ce clip vidéo est tiré du documentaire Heartworn Higways de 1976, consacré à ce qui a été appelé l’Outlaw Country. Même si ce ne fut jamais une école, le style propose comme chefs de file ou inspirateurs, outre van Zandt, Willie Nelson, Steve Earle, voire Johnny Cash. Réfractaires à la Country classique de Nashville, ceux-ci se sont aussi démarqués par les thèmes nouveaux qu’ils ont amenés ou remis d’actualité: déglingue, débauche, drogues ou autres, l’image du parfait cow-boy lone ranger en a pris un sacré coup. On se souviendra du Cocaïne blues de Cash, et des virées en enfer avec Earle, revenant d’entre les morts pour quelques épisodes de la série tv The Wire, y jouant son presque propre rôle. Deux chansons de Townes van Zandt ont été enregistrées ce jour pour  le documentaire, dont Waitin’ around to die; j’ignore où les participants se trouvent (scènes filmées dans le mobile-home de van Zandt à Austin, Texas). Quelques recherches en l’hydre parfois effrayant du net me permettent d’avancer que la femme sur la vidéo se nomme Cindy, alors future seconde femme du chanteur, et que l’homme derrière lui est son ami “Walking Blacksmith” Seymour Washington. Je crois presque l’entendre dire That’s right à un moment donné, et c’est une caution forte de l’histoire; un montage différent du documentaire le montre expliquer qu’il n’a plus jamais touché au whisky. Je ne vais pas en dire trop, car l’image parle d’elle-même; c’est ici que le drap tendu de la chanson se déchire. Retour sur le plan où la main de Cindy enserre celle de l’homme, avec toute la finesse et la pudeur filmée alors dans cet instant, et c’est là que je craque. La charge sensible de la chanson couplée à l’enregistrement vidéo, dans toute leur âpre simplicité apparente, font exploser mes digues intérieures et c’est un torrent d’émotion qui se déverse. Mais je vous conseille de regarder la vidéo plutôt que de lire mes quelques bêtises, sincèrement. Quel moment incroyable que ces quelques plus de deux minutes, voici donc une véritable pépite d’or noire. Intemporelle, une des plus superbes et tragiques ballades que j’ai eu la chance de découvrir.

Sometimes I don’t know where this dirty road is taking me
Sometimes I can’t even see the reason why
I guess I keep on gamblin’, lots of booze and lots of ramblin’
It’s easier than just a-waitin’ ’round to die

One-time friends I had a ma, I even had a pa
He beat her with a belt once cause she cried
She told him to take care of me, she headed down to Tennessee
It’s easier than just a-waitin’ ’round to die

I came of age and found a girl in a Tuscaloosa bar
She cleaned me out and hit it on the sly
I tried to kill the pain, I bought some booze and hopped a train
Seemed easier than just a-waitin’ ’round to die

A friend said he knew where some easy money was
We robbed a man and brother did we fly
The posse caught up with me, drug me back to Tennessee
It’s two long years, just a-waitin’ ’round to die

Now I’m out of prison, I got me a friend at last
He don’t drink or steal or cheat or lie
His name’s codeine, he’s the nicest thing I’ve seen
Together we’re gonna wait around and die

 heartworn highways

Townes van Zandt, 1976

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4 comments on “Townes van Zandt: Waitin’ Around To Die (live 1976)

  1. Ph.C. says:

    Magnifique chanson. Je ne connaissais pas cette vidéo, merci pour ça. Et merci pour votre texte, très touchant également…

    • Cold cold heart, toujours aussi glaçante, cette chanson, et toujours autant sublime. C’est moi qui vous remercie; j’essaie d’y mettre du cœur et je suis sincèrement content si vous y avez trouvé un intérêt, merci!

  2. Gilbert Chagrot says:

    Je viens de découvrir votre blog par hasard car, fan de Townes Van Zandt, je suis souvent à la recherche de renseignements sur l’homme et sa musique. Je connais bien la vidéo qui m’a fait pleurer des dizaines de fois (je ne suis pas un vrai cow boy!). Je ne savais pas que d’autres partageaient mon émotion; Bravo pour le texte dont je donne le lien à tous mes amis; Mon blog:
    http://www.lezig.blogspot.com
    Et si vous aimez le blues j’ai quelques dessins sur un autre blog
    gilbertchagrot.blogspot.com
    Encore toutes mes félicitations pour cet article et votre site
    en général
    Gilbert.

    • Merci pour votre message, pour vos bons mots, et pour vos félicitations, je suis très touché! Et content que nous puissions partager ce que l’on aime par ce biais, ce que cet écran peut amener parfois, c’est génial; je suis très content de vous rencontrer. Je vais visiter vos blogs avec grand plaisir, et je vous dis donc très volontiers à tout bientôt! (je ne suis pas non plus un pur cow-boy, mais je me la joue un peu apache parfois :))

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