Promenons-nous dans les bois, de Bill Bryson

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Ah le printemps majestueux, le printemps de mai dans toute sa splendeur; les oiseaux chantent dès le petit matin et même le cri de mon préféré qui annonce l’été à venir y est, les écrans de verdure ont repris place partout et les parfums des plantes embaument l’air ambiant. Et pourtant, chaque jour amène sa bruine et sa bise froide; saints de glace nous brisent… Les chaussures de marche sont prêtes, le sac attend le départ, je trépigne d’impatience. Mais je suis frileux et déteste marcher sous la pluie. Alors en attendant, marcher par procuration? Et quitte à attendre, autant que ce soit en bonne compagnie. C’est ainsi que je suis tombé sur Promenons-nous dans les bois.

Bill Bryson, ancien journaliste, est un auteur américain de récits de voyages et de livres de vulgarisation scientifique à tendance humoristique, et ce qui le caractérise le mieux à travers ses livres est, me semble-t’il, une immense curiosité pour tout ce qui l’entoure, et un talent indéniable pour faire partager ses sujets d’intérêt. De retour aux États-Unis au milieu des années 1990, il découvre qu’une section de l’Appalachian Trail, un des plus grands sentiers de randonnée du pays, serpente près de chez lui. Irrésistiblement attiré par le goût de l’aventure et de la marche, il décide de remonter l’entier du parcours, soit plus de 3500 kilomètres à travers 14 états, de la Géorgie au Maine, le tout en pleine nature sauvage. Des monts à gravir, des forêts peuplées d’animaux peut-être dangereux, des conditions météorologiques pour le moins instables, rien ne fera reculer le téméraire quarantenaire. Comme ce genre d’aventure se partage, c’est son vieil ami Stephen Katz qui l’accompagnera. Et quel phénomène que ce Katz plus revu depuis plus de 20 ans: obèse et mal foutu, ancien alcoolique abstinent avec peine maintenant, ronchon à souhait; c’est un formidable personnage littéraire en soi qui rappellera certains héros de Jim Harrison. Après l’hilarante visite au magasin afin d’acquérir l’équipement onéreusement nécessaire et les retrouvailles à l’aéroport, c’est le départ pour la pleine nature. Des jours de marche et des nuits sous la légère toile de tente, quelques rencontres avec d’autres courageux (ou inconscients) promeneurs, parfois des refuges ou des petites villes comme étapes, et toujours l’équipée folle de deux amis aux antipodes mais se complétant parfaitement.

“Katz ne développera jamais vraiment de goût pour la randonnée, et pourtant Dieu sait qu’il s’est donné à fond! De temps en temps, je crois qu’il a entrevu qu’il y avait quelque chose – quelque chose d’insaisissable, de profond – qui rendait l’expérience d’aller se perdre en plein forêt presque gratifiante. Parois, il s’extasiait sur un paysage ou considérait avec admiration une merveille de la nature que nous croisions sur notre passage, mais, généralement, marcher était pour lui une sale corvée, un inconvénient regrettable entre deux zones de confort situées à intervalles distants. J’étais en revanche totalement, stupidement, béatement absorbé par le simple fait d’avancer. Ma distraction congénitale le fascinait, l’amusait parfois, mais la plupart du temps le rendait dingue.”

Et puis ce récit de voyage est aussi un fascinant journal d’histoire, de biologie, de géologie des régions visitées. Entre érudition gourmande et anecdotes croustillantes, nous apprenons tout du dramatique destin du Châtaignier d’Amérique, du combat perdu des autochtones pour rester sur leurs terres, des ravages causés par les mines de charbon de Pennsylvanie, de la gestion volontairement saugrenue des parcs naturels, du reboisement progressif d’immenses territoires après des années d’exploitation abusive, ainsi que de quantité d’autres sujets, lus ou recueillis, puis étudiés sur le terrain par l’auteur. C’est ici que le moteur du livre est clairement mis en valeur: c’est la curiosité de Bill Bryson pour ce qui l’entoure, et cette curiosité est contagieuse. Le tout est parfaitement huilé par l’humour ravageur que l’on retrouve à chaque page; de l’ironie, des petites doses de cynisme, la dérision de soi-même et du drôle de duo, parfois en de pitoyables situations:

“Qu’est-ce que tu fous, Bryson? Laisse-le tranquille et il va partir. 

-Comment peux-tu rester aussi calme?        

  -Qu’est-ce que tu veux que je fasse? T’es déjà assez hystérique pour deux!   

-Excuse-moi, mais je pense que j’ai le droit d’être un peu inquiet. Je suis en pleine forêt, au milieu de nulle part, à fixer un ours dans l’obscurité en compagnie d’un type qui n’a qu’un coupe-ongles pour se défendre. Laisse-moi te poser une question: si un ours se jette sur toi, qu’est-ce que tu comptes lui infliger? Une pédicure?  

-Je m’occuperai de ce problème en temps et en heure, a-t-il dit d’un ton implacable .       

-Comment ça, en temps et en heure? Mais on y est déjà, banane! Il y a un ours là-bas, merde! Il nous regarde. Il sent les nouilles et les Snickers et … oh! putain!            

-Quoi.      

-Oh! putain!    

-Quoi?   

-Il y en a deux. Je vois une autre paire d’yeux…”

Quel formidable voyage avec  Bryson et Katz à travers l’immense chaîne des Appalaches! Une parfaite lecture de printemps, fraiche et divertissante. J’ai vraiment adoré ce livre, il donne du baume au cœur et du goût pour l’aventure. J’astique encore les chaussures de marche, reliste l’équipement du sac avant de m’en aller moi-même modestement sur les sentiers et monts de ma région pour un jour ou pour plusieurs. Et puis bien sûr, je vais demander à un fidèle ami de m’accompagner.

“Promenons-nous dans les bois” (A walk in the woods)

Bill Bryson / Editions Payot, collection Petite Bibliothèque, 2013

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