Winter, de Rick Bass

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“Il n’y avait rien d’autre qu’un magasin général et un saloon, bâtis chacun d’un côté de la route, et un fleuve lent et méandreux qui serpentait à travers la vallée (une maman orignal et son petit était debout dans l’eau, derrière le magasin) – et toujours aucun signe de vie, personne en vue. C’est à croire que tous les habitants ont été massacrés, me suis-je dit, tout content. Nous avons su aussitôt que c’était là que nous voulions vivre, là que nous avions toujours voulu vivre.” 

Bienvenue à Yaak, Montana, près de la frontière avec le Canada, où Rick Bass et sa compagne décident de s’installer pour passer l’hiver, un véritable hiver. Après quelques recherches infructueuses avec l’idée de s’installer dans l’Ouest afin de fuir une vie citadine oppressante, la découverte de cette maison dans une vallée isolée est comme inespérée pour l’écrivain et la peintre, à la recherche d’un calme nécessaire. Bien sûr Yaak n’est pas totalement inhabitée, il y la “ville” en contrebas, quelques maisons, un magasin général et le Dirty Shame Saloon pour une vingtaine d’habitants. La vallée sauvage est peuplée de cerfs, d’élans, de loups et d’ours peut-être. Elle n’est en tout cas pas soumise et c’est ici l’homme qui doit s’acclimater.

Alors commence la rédaction du journal d’hiver, selon la tradition indienne où cette saison est le moment de relater la vie. Dans le chalet sans chauffage ni électricité, l’encore inexpert Bass apprend à préparer le bois de chauffe, à tenir le foyer. C’est encore la clémence de septembre, mais le froid mais la neige, à la fois désirés et redoutés, s’approchent bientôt derrière les cimes environnantes. On descend les -30 en décembre… L’écriture revient sur l’aventure du quotidien, l’apprentissage de la tenue d’une tronçonneuse et le débitage, les visites au magasin et les entrevues au saloon, et les promenades avec les chiens. Et partout l’émerveillement d’une véritable rencontre avec la nature, avec le miracle d’une vie au plus proche de ce qu’elle peut avoir de sauvage et de libre, avec une volonté que je ressens comme celle de Marcher dans la Beauté selon la voie spirituelle navajo, dans la plus grande simplicité. Et puis relater le quotidien et le sensible dans le journal, écrit à la lumière des bougies, près de sa femme aimée.

Je crois que Rick Bass est resté plus d’un hiver à Yaak; il a en tout cas écrit un autre livre ici localisé, Le livre de Yaak, que j’ai pas encore lu. J’ai lu aussi de cet auteur le livre Les derniers grizzlys, qui était un extraordinaire document qui m’a grandement sensibilisé au message pour la préservation d’espaces suffisants, à défaut de cohabitation, pour l’environnement sauvage; y apparaissent les personnages magnifiques de Doug Peacock, d’Edward Abbey, qui sont connus avec Bass comme le redoutable gang de la clef à molette. J’ai dû lire ce livre à une saison clémente ici, mais j’aurais tant voulu vivre comme lui cette saison qui est pour moi celle d’un hibernation; quitte à attendre le réveil autant l’attendre dans un chalet isolé contemplant l’espace bleu blanc gris du ciel, les folles sautes des climats, les forets primaires et les facultés de survie prodigieuses du vivant; et écrire un journal pour se souvenir et partager. Merci Rick Bass et à bientôt pour de nouvelles aventures en votre compagnie.

“Winter”

Rick Bass / Editions Gallimard, 2010 (Editions Hoëbeke, 1998)

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