Edward S. Curtis

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Une très belle sélection sur 190 pages format album de l’œuvre monumentale d’Edward S. Curtis, œuvre d’une vie et course contre le temps, sur les traces de ce qu’il perdurait des traditions natives-américaines dans les Etats-Unis entre 1907 et 1930.

L’œuvre originale d’où sont tirées les photographies, The North American Indian, est une compilation de 20 volumes présentant quelques 80 tribus indiennes sur tout le territoire, le tout accompagné d’un travail ethnologique inventoriant les traditions, les langues, la spiritualité de peuples alors au bord de l’asphyxie, parqués dans des réserves . Curtis s’est joint à des expéditions scientifiques à travers les États-Unis afin de les rencontrer et de collecter la matière présentée, et c’est un joyau rare et précieux. Rare car je connais finalement peu de témoignages de cette époque de l’autre côté de la Frontière, et précieux car c’est une porte entrouverte vers le rêve. Je n’ai jamais vu l’intégrale des ouvrages mais Taschen, avec ce livre là ainsi qu’un autre plus conséquent aussi à son catalogue, en propose déjà un excellent aperçu.

Ce sont quelques photos mille fois vues en poster, en cartes ou en couvertures de livres, mais qui sans véritable signature ou harmonie de l’unité apparaissaient alors comme peut-être des cuts de films; ce sont certaines inoubliables comme ce double portrait du Chef Joseph exilé mais portant les attributs de la plus grande noblesse, de même qu’American Horse. Cheyennes, Flathead, Hopis, Crees, Oglala, des déserts du Sud jusque en vers les fjords de l’ile de Vancouver, des images de cérémonies, de la vie au quotidien, des portraits. Peut-être qu’en ce début de 20e siècle les réserves n’étaient plus très “traditionnelles”; j’ai lu que quand Curtis proposait à des modèles de représenter les aïeux ceux-ci en étaient fiers, et cela se voit car c’est de fierté qu’il s’agit. Et si les masques de cérémonie navajo sont forcément des faux car aucun profane ne peut les voir, leur représentation n’en reste pas moins gravée pour toujours dans notre mémoire, comme des visions d’êtres inouïs. Ce devait être cela que traversait le photographe, l’extrême fin du vivant d’une époque, juste avant la cristallisation de la légende, et ce travail d’une vie est une part d’un héritage, et un formidable hommage à la beauté et à la grandeur d’une nation.

Je suis toujours hypnotisé par les photos anciennes, celles qui sont des petites fenêtres ouvertes sur un monde à jamais révolu,  qui nous font voir quelque chose qui assurément n’existe plus et qui nous le montrent de la plus belle des façons comme une invitation; allez, plonge dedans, écarte le cadre et suit la ligne du ciel, va voir ce qui se cache derrière. J’ai beaucoup rêvé devant les images de ce livre, et j’ai parfois eu l’impression d’écarter la page jusqu’à pouvoir m’y glisser. Peut-être n’était-ce qu’un songe; c’était certainement un songe.

“Edward S. Curtis”

Compilation Hans Christian Adam / Editions Taschen, 2012

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