Lettres à sa fille, de Calamity Jane

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D’abord ne pas tenir compte que ces lettres ne sont probablement que fictives, rédigées dans les années 1940 par une femme à la recherche de ses racines mythologiques; car Calamity Jane, mythe s’il en est, parmi les justes, parmi les héros, les brutes et les truands de cette grande plaine du rêve, gravée dans notre culture populaire mérite bien sa vie réelle et fantasmée comme chacun.

Une trentaine de lettres compilées sur un quart de siècle, de 1877 à 1902, envoyées comme des bouteilles à la mer à sa fille inconnue et confiée à la naissance, dressent le portrait d’une femme libre, terriblement libre dans cette vie qui est un “long cauchemar hideux”, sans foyer sans famille, sans autre attache que le mors de son cheval Satan. Visites de Deadwood, de Junction City, de Billings – “On dirait l’enfer sur terre”, descente de la Yellowstone Valley “juste pour l’aventure et les sensations”; tracer des diligences sur les pistes, soigner les pauvres hères comme elle;  bagarres contre les mineurs, contre les Cheyennes; rencontres avec Jack Dalton, Belle Star, Buffalo Bill Cody et l’inaccessible âme soeur Wild Bill Hickok. Et partout l’amour inconditionnel pour la petite Janey, l’enfant qu’on dût abandonner car c’était le prix à payer pour être une femme terriblement libre sous le grand ciel de l’Ouest.

La compilation de ces lettres pourrait être chantée par Bob Dylan, sur l’air de ” Lily, Rosemary and the Jack of Hearts” mais Calamity Jane Canary serait le “Jack of Diamonds” comme l’aurait surnommée son partenaire Wild Bill; le texte est une complainte de l’amour filial et de son manque, un témoignage de sa vie légué à sa fille, et au delà à nous lecteurs, emportés dans les rues de Deadwood et sur les pistes jusqu’au Wyoming, jusqu’à l’Est; des recettes de cuisines, des sentiments sur le mariage (“Je pense quelques fois que je me remarierai et puis l’idée d’être pendue à la chemise d’un homme me rend malade”). Une très belle œuvre.

J’ai lu ceci dans le train, et puis quand j’ai levé les yeux le paysage n’était plus vraiment le même. Je crois que j’aurais pu être ici maintenant, ou à plus de cent ans en arrière sur un autre continent et rencontrer Jane. Et être quelqu’un de son estime, ou un pauvre type à qui elle ne devrait même pas de rendre le regard. J’aurais pu être celui qui depuis la fenêtre sale du Number Ten Saloon de Deadwood la regarderait descendre la rue sur son fier destrier.

“Lettres à sa fille”

Calamity Jane / Editions Rivages, 1997

Des atmosphères de “Lettres à sa fille“:

*La superbe série HBO Deadwood , où l’on retrouve le personnage de Calamity Jane

* Lily, Rosemary and the Jack of Hearts, de Bob Dylan, sur l’album Blood on the Tracks

*Magnifique BD en 3 volumes Martha Jane Cannary, de Blanchin et Perrissin chez Futuropolis

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2 comments on “Lettres à sa fille, de Calamity Jane

  1. Iac says:

    Bravo.
    Félicitations pour ce site. Et je m’y connais un peu. J’ai travaillé pour Round Up, Big Bear, Country News et aujourd’hui Made in USA et American Legend.
    Cordialement,
    Iac

    • Merci pour vos bons mots, ça me fait vraiment plaisir! J’avoue mon ignorance devant la plupart des noms que vous citez, mais si vous pouvez m’en donner quelques liens j’irais découvrir avec grand intérêt; et je vais déjà profiter pour aller visiter votre site. Au plaisir de vous retrouver par ici ou ailleurs, à bientôt!

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